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Extrait de Légitime défense

J'ai enfin pu sortir de l'hôpital, après cinq longs mois passés dans ce labyrinthe où entre à peine la lumière du jour. Il a fallu que je bataille avec mon médecin : il voulait me garder "en observation" encore une semaine, ce vieux bouc ! Mais j'ai fini par gagner : il a bien dû admettre qu'il n'avait plus aucune raison sérieuse de me retenir.

À peine dehors, je me suis rendue à la pointe nord-est pour faire le plein d'air marin, et contempler les vagues qui m'ont tant manqué ces derniers mois. Je crois que j'ai toujours aimé la mer, aussi loin que je m'en souvienne : je suis née sur l'Arche, et à chacune de mes visites sur l'Île, je me débrouillai pour échapper à mes parents pour revenir sur cette pointe l'admirer et m'y baigner. Si cette maison ne m'était pas tombée dessus lors du cataclysme, j'aurais sûrement appris à naviguer, peut-être aurais-je mon propre bateau ? C'était mon rêve...

Alors que j'observais un crabe qui s'était réfugié au fond d'une flaque abandonnée par la marée, l'homme m'est tombé dessus. Il me cherchait depuis que mon médecin avait averti les autorités de mon départ de l'hôpital pour m'emmener au spatioport. Pour mon plus grand bonheur, j'avais eu dix-huit ans, immobilisée sur mon lit par des kilos de plâtre, et du coup, j'étais tombée sous le coup de la législation qui me forçait à retourner sur l'Arche.

Je ne sais pas pourquoi, mais alors que je restais sans voix, prête à m'enfuir, il m'a souri et dit que, tout compte fait, ça attendrait bien le lendemain. Il dirait qu'il était resté bredouille, et viendrait me chercher demain aux premières heures. Il est allé chercher une couverture dans le coffre de sa voiture, et me l'a donnée avec un clin d'oeil. J'ai répondu par un sourire, le plus large possible, et il s'est éloigné. Je me suis pelotonnée dans la couverture, et j'ai attendu que les étoiles s'allument...