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Extrait de Meta

Surpris par le saut, Rowan Dorph manqua la marche et renversa la moitié de son cocktail dans les buis. Il resta immobile quelques instants, le temps pour ses yeux de s'adapter à l'obscurité relative à laquelle avait d'un coup fait place l'éclat d'un soleil d'hiver rasant l'horizon.

Ensuite, il se retourna pour contempler la maison éclairée par la lune. Elle ne semblait pas avoir subi de modifications majeures, seul le lierre témoignait qu'un laps de temps conséquent s'était écoulé : planté l'avant-veille, il atteignait à présent les fenêtres du deuxième étage. Combien de temps avait-il été absent ? Deux ans, peut-être même trois ? Cette fois-ci, le saut semblait avoir été plus important qu'à l'accoutumée...

Pourtant, Rowan aurait tant aimé rester un peu plus longtemps dans la tranche précédente : élisa et Léo, les jumeaux, commençaient tout juste à marcher et ces dernières semaines, il n'avait pu leur consacrer autant de temps qu'il l'aurait souhaité. Il aurait sûrement du mal à les reconnaître quand il les reverrait...

Il soupira : de toute façon, il ne pouvait rien y faire. Ces sauts étaient la seule chose sur laquelle il n'avait aucun contrôle et même si, avec les années, il s'y était habitué, il en redoutait toujours l'ampleur.

Il tourna son regard vers le jardin et sourit : il reconnaissait bien là la touche de Laureline, c'était devenu une véritable forêt vierge ! Les plantes poussaient en tous sens dans un joyeux désordre de branches et de feuilles enchevêtrées au gré de leurs végétaux caprices. Seule la pelouse, une des rares choses qu'il était autorisé à empêcher de pousser et qu'il tondait probablement toujours lui-même, semblait échapper au chaos végétal et offrait un refuge rassurant et indispensable pour profiter du jardin.

Rowan Dorph se redressa et marcha jusqu'au milieu du jardin. Il s'y allongea, déposa son verre dans un creux du gazon et leva les yeux vers les étoiles.

C'était bien sa chance : pleine lune ! Un scrupule le retint un instant, mais, s'en débarrassant allègrement, il leva le bras. Il mit le doigt sur la lune et, comme on efface une tache d'une vitre, la réduisit à l'état d'un mince croissant qui disparut lui-même après quelques secondes. Satisfait, il croisa les bras sous sa nuque et s'endormit en contemplant les étoiles dont plus rien n'estompait l'éclat.